dimanche 15 avril 2018

Beauvais c'est dans l'OIse

Beauvais c'est dans l'OIse mais pas vraiment. Beauvais c'est dans le temps aussi que ça se situe et Beauvais c'était il y a longtemps.

Quatorze ans d'âge et après , pendant un temps entrecoupé, années fin 80 parce qu'avant c'était juste sankukaï, Homère et Alexandre Dumas . Les cheveux en l'air et savonnés ou le crâne rasé de près, coupé parfois souvent parce qu'un rasoir sur un crâne bosselé ça laisse du sang sur les marques de forceps, déjà deux mains gauches, pas encore de dessin autant.




La musique ne sortait pas de câbles pour s'afficher par un écran. Elle tournait sur des platines ou par bandes qui finissaient effilochées, se racontait par des photocopies sur papier et la poste ne volait pas encore autant ni ne vendait n'importe quoi.

La musique c'était la notre puisqu'on se construisait des réseaux , brassait du vent et aussi des idées , la plupart ont divorcés d'avec elle après l'adolescence , peut être que tous ont gardé quelque chose. On disait s'éduquer nous mêmes par ces musiques, ces fanzines, ces réseaux. Je suis devenu végétarien par la musique, d'autres politisés , artisans artistes, on a tous découvert  par la musique, une certaine notion d'entraide, implicitement, une envie de faire, d'appartenir à des courants d'émulsion.



C'était avant que l'ego ne gonfle tant, avant les selfies, l'envie d'être connu, le besoin d'être tous d'être artistes. J'aimais déjà pas trop ce mot, on parlait parfois de bruit et pas de musique, de fanzines, pas de journaux , pas d'artistes, de surhommes et de VIP mais des gens qui font des choses. Les sex pistols sont autant un boys band casté que des déclencheurs mais ils ont permis sans doute cette idée que la technologie rendra encore plus facile d'accès: pas besoin d'être musiciens pour jouer, raconter des histoires.



On écoutait de la musique qui racontait des histoires avec tous une part de fêlure, révolte, colère, sociétale ou personnelle simplement . Mon fanzine avait un nom, je correspondais avec d'autres qui en avait d'autres dont un "Pour la gloire" , beauvaisien. Pour moi Beauvais était donc une ville à musique, Oi et reggae ska puisque j'ai découvert beaucoup de bonnes choses par des envois de cassettes enregistrées là bas.



Les années passent, je continue l'aller retour avec la musique, je viens à beauvais sauter d'une scène avec un sweat shirt à capuche trop grand et pas beaucoup de kilos. Je suis le "michael jackson  du hardcore français" d'après un mhedi qui était l'enfant de drowning, à creil, amiens,beauvais, je ne sais plus. Un Phil organise des concerts, il a une gentillesse absolue et l'instant d'après il saute sur un imbécile qui a mal parlé à sa femme, ombre et lumière ou rétribution, dance floor justice, allez savoir.





Les années continuent de passer, je m'éloigne de la musique à cris, idées , résonances, je trouve qu'elle s'établit, ressemble à ce que je n'aime pas du rock'n'roll et puis j'épouse le travail ,saleté, j'y entre comme dans une secte, je renie le temps libre, les loisirs et les passions. Il y a des pratiques qui sont des poisons. Si c'était à refaire...mais on refera pas, on sait qu'on refera. Enfant on croit qu'on va grandir, qu'il faut çi ou ça, on va juste vivre, c'est déjà pas mal beaucoup.




Je revois Vincent à un concert que je fréquente par opportunisme, parce que je renoue avec plaisirs , passions, fondatrices. Vincent de pour la gloire, de youth of zarma, de flex your head, de Beauvais.A l'époque c'est un homme doux, calme, bienveillant et qui dégage du calme.





Je dis que je viendrai, quand on aime bien ou beaucoup les gens ont dit toujours qu'on viendra, parce qu'on veut venir, vraiment mais après il y a l'agenda, l'idée qu'on se fait du temps, des dates, de l'argent, les chiffres et les minutes pas prises nous dévorent de gris.

La semaine dernière il ne faisait pas gris à Beauvais, j'ai pris le temps grève SNCF-ça-va-je-suis-assis pour aller visiter l'ASCA, association culturelle du quartier argentine où je collerai un peu ou beaucoup pour leur birthday party ( en 2018 il faut des mots anglais , c'est plus nouveau monde comme dit l'évangéliste de l'élysée et comme font les publicitaires de toujours).

la semaine dernière et jusqu'à nouvel ordre  Vincent est un homme doux, calme, bienveillant et qui dégage du calme. Il porte un sweat shirt "Flex your head" des trente ans du label dischord, disque qui nous a marqué tous les deux , on se connait depuis moins et on a plus.





J'ai pris des personnages, on se promène avec eux. Vincent m'a fait une place dans sa maison de briques, là bas les briques c'est des briques, pour moi c'est exotique. C'est assez propre Beauvais mais avec l'oeil du local Vincent .On se promène, il avait trouvé avant, moi parfois aussi. On ne tartine pas mais on trouve du chouette.







Le soleil brille, ma toux me donne l'énergie d'un grabataire mais elle passera. Je crois qu'il n'y a rien à dire de ces deux jours là, du silence, des pas, du soleil, du bien être, quand il n'y a rien à dire c'est qu'il y a beaucoup....







Je reviendrai avant vingt ans...Je suis obligé mon premier collage a déjà une moustache, les collages ils portent des bites ou des moustaches après, c'est universel la bite et la moustache, on revient toujours à l'universel.


lundi 9 avril 2018

Le bien, le mal, tout ça est bien léthal

Le bien, le mal, tout ça est bien léthal

mercredi 14 mars 2018

Alors...


Alors le temps nous a appris que nous étions de passage

samedi 24 février 2018

Nouvelle boutique

Nouvelle boutique en ligne pour se procurer mes sérigraphies, c'est...ici!

jeudi 22 février 2018

A plus tard, macro économie, singes et crachats

Aujourd'hui j'ai encore fait de l'administratif. En ce moment je fais beaucoup d'administratif.C'est sympa, tu fais la queue avec plein de gens différents et devant toi il y a un guichet. Au début il est très loin et puis doucement ,imperceptiblement il se rapproche et là tu peux découvrir, petit à petit si le poinçonneur sans poinçon du guichet sans Lilas est de bonne humeur ou non.

Parfois je fais de l'administratif sans guichet aussi, par courrier, par téléphone, par mail. Ca consiste généralement à donner de l'argent que tu n'as pas à des services qui  l'exigent. Ils jouent à ne pas te répondre, à perdre tes courriers, généralement je reçois juste les lettres de relance, la seconde, la première étant avalée par le hasard. C'est un gredin .



Quand tu es indépendant il y a les années ou c'est dur parce que tu ne gagnes pas grand chose mais quand tu as gagné là...tu montes d'un cran dans les soucis. Je crois qu'il y a un système de redistribution assez subtil en fait. Les pauvres on s'en occupe peu, leur boulot c'est de rester pauvres pour qu'on dise que c'est la crise, il faut faire des efforts, payer des aggios pour que les riches aient droit à des gros découverts, tout ça. 

Par contre les très riches ils ne peuvent pas payer d'impôts, ils ont trop de trucs à faire, il faut qu"ils gèrent des comptes partout, parfois très loin, dans des îles. Aller dans des îles c'est compliqué, il faut prendre des avions ,des sous marins, des avions. Les riches ils font des trucs de jeff koons  aussi alors ils ne peuvent pas payer d'impôts, ils sont comme les pauvres sauf que leurs vêtements coûtent très chers et qu'ils sont d'une dignité offensée qu'on prend aisément pour de la morgue. 



Donc aujourd'hui j'avais guichet à la mairie du vingtième, c'est sympa, on te bip ton sac, tu prends un ascenceur pour un étage comme ça tu n'es pas fatigué pour arriver dans la salle de longue attente. Là il y a une dame noire avec ses filles métisses. Elle parle avec sa bouche au monsieur calme du guichet, noir lui aussi.Elle parle et puis sa bouche accélère et ses yeux deviennent gros et ronds comme dans les films. Elle parle puis ça fuse, ça commence par "gros porc" . il y a des épisodes mais on s'en fout des épisodes, ensuite il y a "sale noire" , "singe" et d'autres prononcés par la mère et la fille ainée ( dix ans?). Le monsieur qui intervient est lui qualifié de "fumeur de joints" et "poseur de bombes".



C'est bien quand elle dit ça parce que tout le monde était devenu tendu...le rire s'invite à la fête de la noire qui n'aime pas les noires. Ca parait absurde cette dame noire qui n'aime pas les noirs, ça parait risible et puis finalement..;si elle était blanche ça resterait un être humain qui insulte un être humain comme si il se crachait lui même au visage. Ca resterait triste. Les crachats ça devrait rester érotiques.



Je sors un peu après le départ du cyclone, elle est encore devant la mairie, détaillant sa paranoïa à un agent municipal qu'elle ne semble pas traiter de singe. La cocote minute a explosé. Je déroule mes pas vers la maison , avec une carte d'identité neuve dans une poche et une relance de l'URSAFF dans l'autre, je n'ai pas l'impression que ca équilibre.

Le long du chemin je sème quelques personnages de papier que les jours déchireront, je ne crois pas que ça change le monde mais peut être bien que ça équilibre fragile le mien.

A plus tard.







dimanche 11 février 2018

L'amour n'est jamais sale (2018)

Hier j'avais "Madame Arthur", troupe emmenée, rythmée par beau Charly voodoo  au piano. J'ai reçu pas mal de soirées comme des cadeaux là bas. Un cabaret au goût d'un avant décadent comme on l'imagine presqu'un siècle plus tôt. Cabaret sur un fil, on pourrait tomber dans le vulgaire, on reste dans le rire, sans doute parce que du strass des tenues aux notes on est dans le juste. 

"C'est la fin du monde, c'est le dernier jour, on fait n'importe quoi et on est bien" a dit une amie qui parle mieux que je n'écris.





Cadeau pour cadeaux deux personnages inspirés du beau jeune homme et de son amoureux danseur, façon "l'amour n'est jamais sale", livre épuisé qui montrait l'amour sous la même forme et des visages


Le livre est épuisé, la soirée était vivifiante, à suivre....



vendredi 9 février 2018

Rouen et carthage

Quand on est sédentaires on bouge toujours un peu, souvent aux mêmes endroits. On a une poignée de lieux,un,deux, trois restaurants, une boulangerie, une épicerie,quelques points fixes qui balisent les jours.

Il en va de même pour les villes, on y pose les pieds parfois, un peu, beaucoup, les jours déroulent des liens espacés, quelques souvenir avant de rentrer chez soi et que le temps passe , un peu, beaucoup.



Je suis venu à Rouen parce que Katia, amie de date longue comme ses bras tatoués y ouvrait une boutique galerie nommée "cheval cheval". Les trucs avec pour des amis on les fait toujours ou presque parce qu'on sait qu'on va sourire, on vient faire une bouffe avec des dessins, du deux en un et si il n'y a pas le un on fera le deux. Je suis reçu comme un roi mais c'est normal, haute en démesure et émotions Katia son surnom c'est la reine. On fait des marchés de créateurs ensemble depuis que la nuit des temps brille le jour, ça fait des souvenirs, souvent idiots, faut dire.



Pour cheval cheval j'avais dessiné un cavalier, un saint georges à l'allure d'enfant pourchassant le loup des peurs, des griffes, des rêves à le faire cavaler , à l'émietter. Je suis venu exposer, revenu exposer avec Pole Ka qui n'est pas gothique mais juste parce que les gothiques ne sont jamais gothiques et que c'est à ça qu'on les reconnait.


A Rouen j'ai rencontré l'amour, un amour qui dure toujours. Tu vis ta vie, tu aimes ailleurs, tu ris ailleurs, tu pleures ailleurs mais quand tu te retrouves le temps s'arrête et tu te dévores des yeux. Adieu travail, famille, patrie, on se regarde comme le feu , on se dévore avec les mains...Yvonne...Une grande...petite...mince...blanche...noire...à la peau caramel. Yvonne...ce sont les meilleurs éclairs du monde dont un chocolat blanc....renversant. Rouen c'est une visite obligatoire chez yvonne par jour, ils ont été décevants une fois, une seule.Une fois ça ne compte pas.






Quelques collages au passage, quelques sourires et c'est une petite habitude de prise. Un ou deux concert de plus pour entendre Rebecca Johnsson James faire les coeurs parce que les amis sont les amis. Rencontrer Coraline une jeune  photographe rouennaise à paris, promettre de lui rendre visite te laisser le temps filer.

Revenir à Rouen,esquisser une nouvelle amitié, souvent mes amies sont belles, ça doit être le hasard, mes amitiés sont devenues bienveillantes, ça doit être les tempes grises. Apprécier de nouveaux liens, boire du vin, marcher ensuite, coller un peu encore, coller les portraits d'amis ,revoir des vestiges qui ont déjà quelques années, donner du neuf. Repartir avec quelques images, pages tournées et Yvonne...Yvonne...




J'ai vu là bas passer la dernière manif anti mariage gay qui me soit passé sous les yeux. Rouen c'est la ville au cent clochers, une des villes aux cents clochers de normandie. Ce jour là il pleuvait, c'était gris ( il faut pas balancer mais là bas...) et c'était le moyen âge. Il y avait sous la pluie cette poignée de personnes à genoux, le visage emplis de tristesse , tellement que ça débordait. Il n'y a pas qu'eux, c'est vrai, la haine est en sureté, elle est partagée.




A rouen J'ai visité le musée de l'éducation, à rouen on m'a conseillé de postuler à un événement artistique nommé la ronde des musées. Organisé par la réunion des musées nationaux une série d'expositions in situ pour laquelle le centre des ressources du musée de l'éducation  propose ses murs.


Photo Gabrielle Tacconi


Je suis retenu l'année où j'essaie de quitter l'éducation nationale après quinze ans de services et quelques années de congés sans solde. Un congés sans solde c'est quand on a déménagé mais qu'on peut revenir. L'on ne se parle plus qu'une fois par an pour signer un papier, on ne touche plus rien mais on est encore reliés. Séparés, pas divorcés. 

On a tenu quinze ans, surtout moi, on a fait un peu beaucoup de banlieue en feu, un peu de ville. Il y avait des tentatives d'incendies dans mon premier établissement d'affectation.Lorsque j'en suis parti j'avais tellement honte de ce qui s'y passait que j'en étais venu à souhaiter que le feu prenne. Que le feu avale en moloch baal, sans morts ni blessés,  une solution à la carthaginoisee avecdispersion des cendres. Qu'il n'y ait plus rien là où le vice semblait incrusté. 





J'ai fait Paris banlieue, poitiers, paris banlieue, au nord , tout au nord, je suis remonté après un des quelques écroulements qu'un boiteux a dans sa vie.J'ai posé les deux pieds au sol à Saint Denis chez l'homme qui tient sa tête entre les ras.

Une "chef" d'alors qui dans un entretien à deux contre un ( il y avait le mauvais flic et le mauvais flic pour poser des questions sans laisser le temps d'y répondre, couper, couper, couper...):" j'ai eu l'adjoint l'an dernier, c'est votre tour".Je me suis eu tout seul peut être , mis à dessiner aussi puis je suis parti. 

Je suis remonté, pendant un temps c'était pas mal et puis on s'use, on nous use.

Que retenir de tout ça? Il y a beaucoup de visages, de souvenirs merveilleux  quand je repense à ces autres villes avec lesquelles j'ai un lien pour avoir travaillé dans ces lieux là. Il  a des bons mots, beaucoup, des sourires, des tensions, du rythme, peu de calme.L'éducation nationale c'est plus de personnes investies et généreuses qu'on ne le croirait dans cette machine mais  on s'use, on nous use, c'est l'île aux enfants croisée à un film de zombie et brazil.L'éducation nationale c'est une grande machine qui va vite, très vite, qui est pressée quand ses "usagers" demandent du temps, de l'attention , son personnel aussi.


Photo Coraline Croft


J'ai essayé de partir mais c'est pas évident. Il y a une indemnité pour départ volontaire et aide à la création d'entreprise proposée aux fonctionnaires mais quand on demande quels sont les critères d'obtention on vous répond qu'il faut démissionner d'abord, on vous répondra après. Ca ssemble vaguement au bento dans l'esprit, on sent que c'est mal parti pour gagner.

Fermer les yeux, sauter, espérer atterrir dans la bonne case.Si l'état gère ses employés avec humanité je crois que ce n'est pas la mienne, plutôt Landru que Jésus.

Ce pays essaie de nous persuader que Kafka est né français, c'est le désert des barbares et pourtant...Pourtant oui il reste à retenir les sourires , les moments d'utilité, de solidarité comme disent le catholicisme et tous les gauchismes parce que c'est ça qui nous fat pousser. C'est la seule raison valable de regarder devant et derrière sans courir comme un poulet sans tête.

Bref, je suis au musée de l'éducation alors qu'on est séparés, presque divorcés et que les papiers ont tendance à trainer.

Rouen post expo à paris, post expo à tokyo, troisième grande envie en trois mois. Un long mur d'enceinte qui encercle un bâtiment haut, attends...je fais une pause et on en parle...