samedi 24 février 2018

Nouvelle boutique

Nouvelle boutique en ligne pour se procurer mes sérigraphies, c'est...ici!

jeudi 22 février 2018

A plus tard, macro économie, singes et crachats

Aujourd'hui j'ai encore fait de l'administratif. En ce moment je fais beaucoup d'administratif.C'est sympa, tu fais la queue avec plein de gens différents et devant toi il y a un guichet. Au début il est très loin et puis doucement ,imperceptiblement il se rapproche et là tu peux découvrir, petit à petit si le poinçonneur sans poinçon du guichet sans Lilas est de bonne humeur ou non.

Parfois je fais de l'administratif sans guichet aussi, par courrier, par téléphone, par mail. Ca consiste généralement à donner de l'argent que tu n'as pas à des services qui  l'exigent. Ils jouent à ne pas te répondre, à perdre tes courriers, généralement je reçois juste les lettres de relance, la seconde, la première étant avalée par le hasard. C'est un gredin .



Quand tu es indépendant il y a les années ou c'est dur parce que tu ne gagnes pas grand chose mais quand tu as gagné là...tu montes d'un cran dans les soucis. Je crois qu'il y a un système de redistribution assez subtil en fait. Les pauvres on s'en occupe peu, leur boulot c'est de rester pauvres pour qu'on dise que c'est la crise, il faut faire des efforts, payer des aggios pour que les riches aient droit à des gros découverts, tout ça. 

Par contre les très riches ils ne peuvent pas payer d'impôts, ils ont trop de trucs à faire, il faut qu"ils gèrent des comptes partout, parfois très loin, dans des îles. Aller dans des îles c'est compliqué, il faut prendre des avions ,des sous marins, des avions. Les riches ils font des trucs de jeff koons  aussi alors ils ne peuvent pas payer d'impôts, ils sont comme les pauvres sauf que leurs vêtements coûtent très chers et qu'ils sont d'une dignité offensée qu'on prend aisément pour de la morgue. 



Donc aujourd'hui j'avais guichet à la mairie du vingtième, c'est sympa, on te bip ton sac, tu prends un ascenceur pour un étage comme ça tu n'es pas fatigué pour arriver dans la salle de longue attente. Là il y a une dame noire avec ses filles métisses. Elle parle avec sa bouche au monsieur calme du guichet, noir lui aussi.Elle parle et puis sa bouche accélère et ses yeux deviennent gros et ronds comme dans les films. Elle parle puis ça fuse, ça commence par "gros porc" . il y a des épisodes mais on s'en fout des épisodes, ensuite il y a "sale noire" , "singe" et d'autres prononcés par la mère et la fille ainée ( dix ans?). Le monsieur qui intervient est lui qualifié de "fumeur de joints" et "poseur de bombes".



C'est bien quand elle dit ça parce que tout le monde était devenu tendu...le rire s'invite à la fête de la noire qui n'aime pas les noires. Ca parait absurde cette dame noire qui n'aime pas les noirs, ça parait risible et puis finalement..;si elle était blanche ça resterait un être humain qui insulte un être humain comme si il se crachait lui même au visage. Ca resterait triste. Les crachats ça devrait rester érotiques.



Je sors un peu après le départ du cyclone, elle est encore devant la mairie, détaillant sa paranoïa à un agent municipal qu'elle ne semble pas traiter de singe. La cocote minute a explosé. Je déroule mes pas vers la maison , avec une carte d'identité neuve dans une poche et une relance de l'URSAFF dans l'autre, je n'ai pas l'impression que ca équilibre.

Le long du chemin je sème quelques personnages de papier que les jours déchireront, je ne crois pas que ça change le monde mais peut être bien que ça équilibre fragile le mien.

A plus tard.







dimanche 11 février 2018

L'amour n'est jamais sale (2018)

Hier j'avais "Madame Arthur", troupe emmenée, rythmée par beau Charly voodoo  au piano. J'ai reçu pas mal de soirées comme des cadeaux là bas. Un cabaret au goût d'un avant décadent comme on l'imagine presqu'un siècle plus tôt. Cabaret sur un fil, on pourrait tomber dans le vulgaire, on reste dans le rire, sans doute parce que du strass des tenues aux notes on est dans le juste. 

"C'est la fin du monde, c'est le dernier jour, on fait n'importe quoi et on est bien" a dit une amie qui parle mieux que je n'écris.





Cadeau pour cadeaux deux personnages inspirés du beau jeune homme et de son amoureux danseur, façon "l'amour n'est jamais sale", livre épuisé qui montrait l'amour sous la même forme et des visages


Le livre est épuisé, la soirée était vivifiante, à suivre....



vendredi 9 février 2018

Rouen et carthage

Quand on est sédentaires on bouge toujours un peu, souvent aux mêmes endroits. On a une poignée de lieux,un,deux, trois restaurants, une boulangerie, une épicerie,quelques points fixes qui balisent les jours.

Il en va de même pour les villes, on y pose les pieds parfois, un peu, beaucoup, les jours déroulent des liens espacés, quelques souvenir avant de rentrer chez soi et que le temps passe , un peu, beaucoup.



Je suis venu à Rouen parce que Katia, amie de date longue comme ses bras tatoués y ouvrait une boutique galerie nommée "cheval cheval". Les trucs avec pour des amis on les fait toujours ou presque parce qu'on sait qu'on va sourire, on vient faire une bouffe avec des dessins, du deux en un et si il n'y a pas le un on fera le deux. Je suis reçu comme un roi mais c'est normal, haute en démesure et émotions Katia son surnom c'est la reine. On fait des marchés de créateurs ensemble depuis que la nuit des temps brille le jour, ça fait des souvenirs, souvent idiots, faut dire.



Pour cheval cheval j'avais dessiné un cavalier, un saint georges à l'allure d'enfant pourchassant le loup des peurs, des griffes, des rêves à le faire cavaler , à l'émietter. Je suis venu exposer, revenu exposer avec Pole Ka qui n'est pas gothique mais juste parce que les gothiques ne sont jamais gothiques et que c'est à ça qu'on les reconnait.


A Rouen j'ai rencontré l'amour, un amour qui dure toujours. Tu vis ta vie, tu aimes ailleurs, tu ris ailleurs, tu pleures ailleurs mais quand tu te retrouves le temps s'arrête et tu te dévores des yeux. Adieu travail, famille, patrie, on se regarde comme le feu , on se dévore avec les mains...Yvonne...Une grande...petite...mince...blanche...noire...à la peau caramel. Yvonne...ce sont les meilleurs éclairs du monde dont un chocolat blanc....renversant. Rouen c'est une visite obligatoire chez yvonne par jour, ils ont été décevants une fois, une seule.Une fois ça ne compte pas.






Quelques collages au passage, quelques sourires et c'est une petite habitude de prise. Un ou deux concert de plus pour entendre Rebecca Johnsson James faire les coeurs parce que les amis sont les amis. Rencontrer Coraline une jeune  photographe rouennaise à paris, promettre de lui rendre visite te laisser le temps filer.

Revenir à Rouen,esquisser une nouvelle amitié, souvent mes amies sont belles, ça doit être le hasard, mes amitiés sont devenues bienveillantes, ça doit être les tempes grises. Apprécier de nouveaux liens, boire du vin, marcher ensuite, coller un peu encore, coller les portraits d'amis ,revoir des vestiges qui ont déjà quelques années, donner du neuf. Repartir avec quelques images, pages tournées et Yvonne...Yvonne...




J'ai vu là bas passer la dernière manif anti mariage gay qui me soit passé sous les yeux. Rouen c'est la ville au cent clochers, une des villes aux cents clochers de normandie. Ce jour là il pleuvait, c'était gris ( il faut pas balancer mais là bas...) et c'était le moyen âge. Il y avait sous la pluie cette poignée de personnes à genoux, le visage emplis de tristesse , tellement que ça débordait. Il n'y a pas qu'eux, c'est vrai, la haine est en sureté, elle est partagée.




A rouen J'ai visité le musée de l'éducation, à rouen on m'a conseillé de postuler à un événement artistique nommé la ronde des musées. Organisé par la réunion des musées nationaux une série d'expositions in situ pour laquelle le centre des ressources du musée de l'éducation  propose ses murs.


Photo Gabrielle Tacconi


Je suis retenu l'année où j'essaie de quitter l'éducation nationale après quinze ans de services et quelques années de congés sans solde. Un congés sans solde c'est quand on a déménagé mais qu'on peut revenir. L'on ne se parle plus qu'une fois par an pour signer un papier, on ne touche plus rien mais on est encore reliés. Séparés, pas divorcés. 

On a tenu quinze ans, surtout moi, on a fait un peu beaucoup de banlieue en feu, un peu de ville. Il y avait des tentatives d'incendies dans mon premier établissement d'affectation.Lorsque j'en suis parti j'avais tellement honte de ce qui s'y passait que j'en étais venu à souhaiter que le feu prenne. Que le feu avale en moloch baal, sans morts ni blessés,  une solution à la carthaginoisee avecdispersion des cendres. Qu'il n'y ait plus rien là où le vice semblait incrusté. 





J'ai fait Paris banlieue, poitiers, paris banlieue, au nord , tout au nord, je suis remonté après un des quelques écroulements qu'un boiteux a dans sa vie.J'ai posé les deux pieds au sol à Saint Denis chez l'homme qui tient sa tête entre les ras.

Une "chef" d'alors qui dans un entretien à deux contre un ( il y avait le mauvais flic et le mauvais flic pour poser des questions sans laisser le temps d'y répondre, couper, couper, couper...):" j'ai eu l'adjoint l'an dernier, c'est votre tour".Je me suis eu tout seul peut être , mis à dessiner aussi puis je suis parti. 

Je suis remonté, pendant un temps c'était pas mal et puis on s'use, on nous use.

Que retenir de tout ça? Il y a beaucoup de visages, de souvenirs merveilleux  quand je repense à ces autres villes avec lesquelles j'ai un lien pour avoir travaillé dans ces lieux là. Il  a des bons mots, beaucoup, des sourires, des tensions, du rythme, peu de calme.L'éducation nationale c'est plus de personnes investies et généreuses qu'on ne le croirait dans cette machine mais  on s'use, on nous use, c'est l'île aux enfants croisée à un film de zombie et brazil.L'éducation nationale c'est une grande machine qui va vite, très vite, qui est pressée quand ses "usagers" demandent du temps, de l'attention , son personnel aussi.


Photo Coraline Croft


J'ai essayé de partir mais c'est pas évident. Il y a une indemnité pour départ volontaire et aide à la création d'entreprise proposée aux fonctionnaires mais quand on demande quels sont les critères d'obtention on vous répond qu'il faut démissionner d'abord, on vous répondra après. Ca ssemble vaguement au bento dans l'esprit, on sent que c'est mal parti pour gagner.

Fermer les yeux, sauter, espérer atterrir dans la bonne case.Si l'état gère ses employés avec humanité je crois que ce n'est pas la mienne, plutôt Landru que Jésus.

Ce pays essaie de nous persuader que Kafka est né français, c'est le désert des barbares et pourtant...Pourtant oui il reste à retenir les sourires , les moments d'utilité, de solidarité comme disent le catholicisme et tous les gauchismes parce que c'est ça qui nous fat pousser. C'est la seule raison valable de regarder devant et derrière sans courir comme un poulet sans tête.

Bref, je suis au musée de l'éducation alors qu'on est séparés, presque divorcés et que les papiers ont tendance à trainer.

Rouen post expo à paris, post expo à tokyo, troisième grande envie en trois mois. Un long mur d'enceinte qui encercle un bâtiment haut, attends...je fais une pause et on en parle... 














mardi 6 février 2018

Petits voyages et grandes rencontres, de la tendresse dans mon bordel

Le dessin m'a fait aller là dont je me souvenais peu, là où je ne suis pas allé, là où j'irai peut être à la différence majeur qu'avec lui c'est en souriant.

Il y a eu l'école, des écoles, ces lieux étranges où fleurissent dessins merveilleux et tables pour liliputiens. Ca n'a rien d'extraordinaire en soi mais c'est toujours ce qui me saute aux yeux en premier les minis tables, les minis chaises puis les maxis cris car l'on crie bien plus haut que l'on est là bas.




Une des dernières, peut être la dernière fois d'ailleurs a été un bien beau cadeau. Je n'ai rien fait , cette fois là, je suis juste venu voir un défilé de mode, celui de la classe de Julie, rencontrée parce qu'on a quelques accointances décibéliques en d'autres lieux parisiens.

C'est à Belleville, en remontant vers les buttes, là bas sur la gauche, à mi chemin depuis la maison qui est un appartement car on est à paris, non mais, deux pièces, déjà, c'est palais.




L'école (maternelle) défilait toute entière sur le thème "street art" et chaque classe avait son ou ses inspirations. Pour la classe de Julie c'était mes personnages. Vingt enfants fiers ou timides ont défilés sur un air de..;soul si je me souviens bien avec des sacs à pains graphiques, noir et blancs et des masques du même acabit à têtes de monstres ou personnages inspirés des miens.Cadeau...







Ils ont la taille des minis chaises, des minis tables, de la lumière dans les yeux et c'est juste merveilleux. Ce jour là c'était un moment d'à quoi bon. C'est toujours un peu lourd, un peu encombrant un jour "d'à quoi bon", ca dit qu'on tourne en rond, on grisaille , on marasme, on s'épouvantail. Voir une vingtaine d'enfants joyeux , partager des cadeaux, faire des photos ( triple andouille j'étais venu coloré et démasqué quand ils étaient tous de noir et de blanc, visage recouvert d'une tête d'occasion) ça vous fait sortir de là ivre sans alcool avec l'appêtit d'un ogre. Si on fait rire et sourire de petites bandes comme celle là...


D'autres fois ce sont des lieux totalement inconnus, dont on a tous entendu parler, tous, avec nos projections, appréhensions, images.

En novembre, décembre dernier j'ai rencontré un groupe d'adultes fréquentant un hôpital de jour, en psychiatrie donc et quelques infirmières, psychologues par la même occasion.

La maladie et plus encore la maladie mentale donne l'impression d'effrayer à la fois par la proximité et la distance. L'idée d'une différence insurmontable et celle d'une passerelle possible, les deux notions semblent effrayer parfois, déficit de normalité, contagion possible.

L'école c'est revenir vers de vagues souvenirs, l'hôpital c'est autre chose. J'hésite à poser des questions sur le fonctionnement, les personnes et puis...je préfère venir rencontrer des personnes comme d'habitude même si l'habitude est petite.



Il faut dire que le cadre inspire confiance, quand on arrive dans un lieu on sent souvent une ambiance. Sur de l'imperceptible, à attendre, é couter, à compter les "bonjour", les sourires ou les grimaces. Ici j'ai l'impression, juste l'impression qu'on vit bien ensemble. Peut être suis je dans l'erreur mais si certains lieux donnent envie de partir à reculons, tout doucement, sans que personne ne se soit rendu compte que vous êtes entré, ce n'est pas le cas ici.

J'arrive donc avec mes questions pas posées, mon interrogation quand aux autres un peu dissipée par une visite de contact où j'ai croisé quelques personnes que je rencontrerai ensuite.

Un petit groupe de personnes , attentives, tous différents comme un groupe de personnes eut l'être, j'identifie très bien les deux infirmières puisqu'on s'est rencontré pour parler de l'intervention mais il y a un jeune homme que je vais prendre un long moment pour un de leurs collègues. Il est actif, prévenant, apporte le matériel, perdu...c'est un "patient".




Je ne viens  pas transmettre une technique, donner un cours, seulement rencontrer, partager un chemin, ce qui m'a amené d'un dessin sur une page de cahier à ma présence ici avec des étapes, des moments, des visages et des mots entre les deux.

C'est un groupe qui à l'habitude du discours psy alors quand j'explique avoir refusé les premières propositions d'exposition pascal me répond doctement "vous n'assumiez pas encore".  L'ambiance est détendue, souriante, avec les infirmières l'on sent une relation d'humanité, de confiance et d'humour, c'est plutôt rassurant. Si il y a une gêne elle est plutôt pour moi, je suis seul avec un groupe. Chaque semaine je me sentirai avec et encore moins face même si on ne se connaitra pas et un peu quand même.



Je ne sais pas ce qu'ils garderont eux. Je suis venu chez eux avec des images et des mots, on est allés dans la rue pour que je leur présente des collages que j'avais choisi gigantesques, pour leur donner à voir plus, on donne toujours plus d'images pour des yeux attentifs.



Ensuite c'est à eux de dessiner, avec appréhension , minutie le plus souvent, des dessins d'adultes qui ne dessinent pas ou peu donc des dessins d'enfants. Si j'avais un peu de mémoire je me souviendrais du prénom de la personne qui m'a dit qu'en dessin ce qu'il faisait était "génial" avant de reprendre la parole pour détailler: "Génial parce que cela me tombe dessus puis ça s'en va".







On oublie des noms mais il y a ce que l'on n'oubliera, des bribes , des sourires, des morceaux d'humanité.

Deux séances de dessin et puis j'apporte leurs agrandissements, grands ou immenses pour lesquels chacun a choisi son emplacement. le plus discret, le plus mutique de ces dessinateurs de deux séances a donné vie à un personnage de papier d'une grande douceur, sans surprise il le cache dans un angle, à contre sens des regards ascendants.





On-je -nous collons puisque tout le monde s'y met . Peut mieux faire car j'ai sous estimé la taille et pas vraiment le matériel adéquat mais on s'y met, petit à petit les dix personnages ont pris place et déjà je n'ai plus complétement la mienne. Ca passe vite six séances qui deviennent des rendez vous , un rendez vous on y va en marchant vite, on en repart léger du jour restant.

On se revoie rue des cascades, là où j'expose mes dessins , format d'intérieur, les "vrais", encadrés. Dans la rue je me suis permis de coller les leurs qu'on prendra pour les miens. Parce qu'on finit toujours par des cadeaux même quand j'ai l'impression qu'on s'en ait fait pas mal.








samedi 3 février 2018

Tokyo

J'ai vu le Japon en janvier. On s'est croisés avec les yeux ouverts grands pour ma part quand je ne les avais pas fermés, totalement.

Depuis que mes mains dessinent certains me parlent  avec certitude d'une proximité culturelle avec l'archipel de là bas, des motifs, des formes, des mangas.

Du Japon je connais, connaissais Mishima ( lu intégralement au lycée), un tout petit peu Kawabata et ses belles endormies, Araki sur le tard avec ses femmes fleurs et des images à droite, à gauche , Kunyoshi avec émerveillement, saeki...Des images, beaucoup d'images, quelques films esthétisés ou cinglés. 

Toutes ces images, ces impressions qui font naitre une curiosité et permettent à tant de français de parler, raconter le japon sous un angle macro et d'en faire une vérité révélée.





Par le biais de l'esthétisme, de la tradition on nous dira ceci, par le biais de perversions supposées, d'audaces, de soupapes on nous dira cela. Sans doute parce qu'on a besoin d'une vérité , à en nier le composite, la complexité d'un individu, d'un pays et plus un pays nous parait complexe, différent plus il semble qu'on ait ce besoin curieux de le rétrécir . On aurait scié les jambes de Gulliver.




Le japon est venu voir mes dessins à paris, régulièrement par des japonais de passage ou résidents. Quelques uns de mes dessins vivent avec eux à paris ou sont partis là bas. Les japonais venus aux expositions ont toujours été plutôt "différents", dans le ton, les mots, la distance.

On s'est beaucoup dit merci et ils ralentissaient le temps. 

J'ai eu des dessins mis en page dans " Elle " japon, j'ai eu des dessins illustrant un beau disque de FPM là bas mais en janvier je suis parti voir le ton et la distance avec quarante dessins dans le sac.

On est partis plutôt, avec Eko, galeriste comme une galeriste devrait être, éditrice comme quelqu'un qui t'offrirait l'émerveillement , amie comme une amie devrait être qui co organise cette exposition hors frontières avec Ayumi de la galerie Al Tokyo. Eko m'a appris une de mes phrases favorites: le temps est notre ami.



 Le japon c'est aussi le pays d'Eko et comme toutes les personnes à double culture quand elle parle son autre langue il y a une  voix inconnue , d'autres intonations, un autre rythme qui sortent de sa bouche. c'est pratique parce que pendant tout le séjour la grande frustration sera de ne comprendre la langue de l'autre que comme une musique.



J'ai caressé Tokyo des yeux, je me suis endormi partout à Tokyo ( passer une dernière nuit...blanche en pensant dormir dans l'avion et arriver frais quelle idée...moisie), j'ai rencontré Tokyo mais j'ai surtout travaillé à Tokyo. Assez pour s'en émerveiller, trop peu pour en parler.




La partie travail est assez étrange, fignoler le noir des dessins, encadrer, accrocher c'est comme à la maison, exactement comme à la maison avec du calme et des murs blancs. On est dans les habitudes mais tout autour, tout est autre, tout est différent. A chaque sortie, repas, passage dehors, tout est différent. Mes dessins "vieux" ou tout frais je me sens en fête de les voir ici.

C'est une exposition comme j'aime, un moment, un bout d'intime déposé sur un mur, calmement, lentement, pas une foire à la vitesse, une exposition. Je la prépare avec des personnes qui aident, permettent de faire quelque chose en quoi on croit, pas avec des gens qui veulent te faire rentrer dans ce qu'ils ont en tête sans poser vraiment une seconde les yeux sur toi, ce qu'on devrait faire toujours.



Entre les deux visite d'un temple shintoiste , espace de lent au milieu d'une forêt et ramène des porte bonheurs pour l'année du chien à destination d'un petit paquet de proches. Je découvre la lenteur, la propreté, le silence, le chant des oiseaux et on travaille avec un peu tout ça. Moi avec mon sens du bordel habituel et tous ceux autour avec minutie, exactitude, chacun semble "vraiment là" avec un sens du détail qui apporte constamment un petit plus. Dans la galerie comme lorsqu'une vendeuse te fait les plus beaux paquets du monde dan un millimètre de scotch la rigueur semble maitresse.




C'est comme Paris, comme Paris mais en négatif. Là bas aucune poubelle et pas un déchet par terre...Paris... L'impression que l'autre existe, qu'on le considère. L'espace est réduit mais il est pris en compte. Peut être que les codes, la retenue, le travail pèsent ils pour un japonais, pour un français s'exportant comme un "english man in new york" c'est confortable", extrêmement confortable. 



Pas de regards hostiles, de coups d'épaules dans la rue, de chemin à se frayer, seulement des pas, de la retenue, ces grands immeubles qu'on a tous vus, ces petites maisons, ce dédale de route, un grand ciel bleu. Des musées sans téléphones ni voix, une librairie immense ouverte à la nuit où l'on peu rester lire, s'asseoir, toujours sans téléphone, voix, bruit.


Début de l'exposition à midi le huit janvier, vernissage à 18 heures, je viens tard, à dix set heures quarante cinq il y a eu trois personnes, mon estomac se noue, ma gorge aussi et ma tête se répète comme un mantra" c'est bien, non c'est bien quand même d'être venu" et puis...et puis entre dix huit heures moins cinq et dix huit heures moins deux ...bim! tout le monde arrive.

Ici j'expose des dessins qui sont perçus globalement comme des dessins puisque mes collages n'existent pas, qu'on ne peut pas s'y référer. Il y en a à l'entrée, un dedans mais c'est une scénographie, un rappel peut être, un clin d'oeil qui se trouvera constamment entouré d'amis.




 Là encore c'est comme à Paris mais en négatif.Personne ne me tient le bras, ne me parle de sa vie , son boulot ou de je ne sais quoi avec tous les détails possibles , imaginables.Personne ne fait irruption dans ta bulle en aspirant l'air de toutes ses forces. On fait ça ici, ce n'est ni bien ni mal, parfois charmant, parfois assommant, parfois envahissant, c'est comme ça, on est français.

A Tokyo on me parle juste  et seulement de mes dessins, de mes mots avec des retours précis, des questions l'étant tout autant.






La distance est le maitre mot du séjour, elle est confortable cette distance, confortable est l'autre mot. De la distance, du confort et ni gestes ni mots qui viendraient rétrécir le silence, l'espace, les moments.






 Les mots, les titres de mes dessins sont bien reçus et interrogent.La traduction a été complexe, mes dessins représentent des personnages, des personnages, je sais les appeler fille et garçon, hommes et femmes mais dans le fond et la forme ils dansent un peu entre les deux , avec un peu des deux.Pour traduire il faut que je dise si il s'agit d'un homme ou d'une femme et qui parle, un homme ou une femme, c'est trop dire parfois, souvent.


 J'avoue ronronner un peu. c'est idiot mais le japon me parait si pointu et fin que plaire là bas ça fait ronronner un peu.Les personnes restent souvent une heure, une heure et demie et puis il y a des surprises... Il y a cette italo japonaise parlant français rencontrée cinq  ans plus tôt à Lecce, il y a ce couple américano-japonais qui m'a acheté tant de dessins à paris au fil des ans, il y a ce trio papa-maman-petite fille venus voir mes dessins à paris, il y a des sacs bon marché avec mes dessins, il y a des photos de mes collages sur des portables.





Je n'ai pas exploré Tokyo. J'y ais marché, j'ai ouvert les yeux, je me suis blotti au chaud dans des baignoires profondes, j'ai pris le meilleur repas de ma vie, j'ai été accueilli comme on peut espérer l'être , j'ai bu du thé fumé et quelques uns de mes dessins sont restés là.






Je crois qu'on se reverra, je pense qu'on à se dire, gouter encore au confort, réduire la distance, un peu mais pas trop.

Merci....